David Camus


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Le Roman de la Croix


J’ai conçu le projet fou d’écrire une fresque composée de 5 romans pouvant être lus dans n’importe quel ordre. L’action de ces romans se déroulera principalement en Terre sainte, sur une période de temps couvrant à peu près cinquante ans, à l’époque des Croisades.

Pourquoi un tel titre ?

Le Roman de la Croix s’intitule ainsi pour deux raisons :
1 – C’est une façon pour moi de rendre hommage aux grands romans du XIIe siècle dont je me suis inspiré :
Le Roman de Renart, Le Roman de Thèbes, Le Roman d’Alexandre, Le Roman de Brut, Le Roman d’Enéas et bien sûr, Le Roman du Graal. D’une certaine façon, ma fresque s’inscrit dans la continuité de ces romans qui, je le rappelle, étaient à cette époque fort novateurs et inventaient une nouvelle forme de littérature.
2 – Afin de renvoyer au fond et à la forme de ma fresque. Le fond : une série de livres interrogeant la foi, le rapport à la spiritualité, à Dieu, aux Eglises, aux symboles, à la réalité, au merveilleux… La forme : 5 romans, comme autant de points sur une croix. Autrement dit, un cœur et 4 extrémités. (
Les Chevaliers du Royaume formant d’ailleurs « Le Cœur de la Croix » et Morgennes la base.)

Saint Anthony (Gravure)

Mais au-delà de tout cela, ce que j’ai voulu – et que la croix symbolise également – c’est une littérature de réconciliation. Réconcilier ce qu’on appelle la Grande Littérature, la littérature générale, les classiques (des romans comme Guerre et Paix, Les Misérables, etc.) avec une littérature dite populaire et de « genre » (Le Seigneur des Anneaux, Michel Strogoff, etc.).

Pourquoi le fantastique ?

le chevalier, la Mort et le Diable (gravure)

On me pose souvent cette question. À celle-ci, il y a plusieurs réponses, la première étant : « Parce que j’aime ça. »
Mais je vous mentirai si j’omettais de signaler que pour moi « fantastique » et « religieux » vont forcément ensemble.
De plus, il m’était impossible de parler de cette époque (le Moyen Âge) sans rendre le regard que les habitants du Moyen Âge portaient sur leur époque, leur quotidien. Il suffit de lire les récits de voyage (Marco Polo) ou les chroniques historique (Guillaume de Tyr) pour s’apercevoir que ce monde baigne dans ce que nous autres, habitants du XXIe siècle, appelons « merveilleux, fantastique », mais qui pour ses habitants n’était que la réalité, la norme.

Tout est question de points de vue. C’est ce monde-là que j’ai voulu ressusciter. Un monde où il suffit de descendre au fond de l’Etna pour arriver en Enfer et de remonter le Nil pour arriver au Paradis.
Enfin, dernière raison, peut-être la principale : le fantastique me permet de mettre en scène mon inconscient. De le théâtraliser. Je n’ai pas choisi de situer l’action de mes livres à l’époque des Croisades par goût pour les Croisades, mais parce que cette époque était celle qui me permettait le mieux de mettre en scène mon univers, ma personnalité, mes angoisses, mes désirs.

Morgennes est-il un flash-back ?

On me parle souvent, pour Morgennes, de « flash-back ». En fait, ce n’est pas tout à fait exact.
Je m’explique : si l’action de
Morgennes se déroule effectivement avant celle des Chevaliers du Royaume, un flash-back suppose cependant une ligne temporelle (dramaturgique) unique et bien définie. Or il n’y a rien de tel avec Le Roman de la Croix. Un lecteur peut très bien choisir de lire Morgennes avant Les Chevaliers du Royaume.
Morgennes n’est donc pas à proprement parler un « flash-back ». (Ou alors, seulement pour le lecteur qui aurait d’abord lu Les Chevaliers du Royaume – et encore ce « flash-back » serait-il subjectif. Comme je le dis souvent : « Tout est affaire de points de vue. »)

Donc, à la question « Morgennes est-il ou un non un flash-back ? », la réponse est : « Oui et non. »

Pourquoi une telle structure ?

Mon œuvre est structurée de façon à suggérer une croix (et même, un signe de croix). Pourquoi ? D’une part pour les raisons évoquées ci-dessus (dans « Pourquoi un tel titre ? ») ; ensuite parce que je ne voulais pas d’une de ces sagas en trois, quatre, cinq, six, sept ou plus volumes, où l’on est supposé lire le premier volume avant le deuxième, le deuxième avant le troisième, etc. Chez moi, pas de hiérarchie. Donc, pas de tome plus important que les autres, venant (sur un plan dramaturgique) avant tel ou tel autre tome. Pas non plus de personnages structurellement (ontologiquement) plus important que les autres – au contraire. Si tel ou tel personnage est mis en avant (par exemple, Morgennes), c’est pour les besoins de la narration, de la dramaturgie. Mais il est important pour moi de montrer, au fil des chapitres, des romans, d’autres points de vue – d’autres vérités (fût-ce celles de personnages apparemment mineurs : un pigeon, un médecin, un marchand…). Petit à petit, ce que je veux créer, donner à voir, c’est tout un monde, un univers, une mosaïque, où les points de vue des différents personnages s’ajoutent les uns aux autres, se complétant sans se contredire.
Je veux montrer qu’on peut arriver à une vérité (celle de ma fresque, par exemple) par toutes sortes de chemins. Mais il n’y a pas de chemin plus « vrai » ou plus « faux » qu’un autre. La seule vérité, c’est celle de l’ensemble. Ensemble auquel nous autres, pauvres humains, ne pouvons accéder que par tel ou tel biais, et de manière très fragmentaire, très imparfaite.

D’une certaine façon, avec cette structure en forme de croix, j’oblige le lecteur à être libre ! Libre de choisir la façon dont il veut découvrir mon œuvre. Le seul moyen pour lui de revenir en arrière, et de choisir une autre route, c’est de laisser passer du temps – et donc d’oublier…
La vérité nous échappera toujours – tout comme elle échappera toujours à mes personnages. Le seul (hormis Dieu, s’il existe) à avoir un aperçu de la vérité, ce sera toi, ô lecteur – quand j’aurai publié les cinq tomes de ma fresque.

Une promenade en forêt

J’ai toujours pensé, en composant mon Roman de la Croix, à une promenade en forêt. On suit une route, qui en croise d’autres, mais qu’on n’emprunte pas. On n’a qu’un vague aperçu de ce vers quoi mènent ces chemins de traverse (clairière, chaumière, montagne, rivière…). Et c’est ce que j’ai voulu rendre avec mon Roman de la Croix et chacun de ses fragments.
Montrer la forêt, la route et ses mystères – ses nombreux chemins de traverse, qui sont comme autant d’éclaircis sur d’autres vérités, et comme autant de nappes de brouillards…
L’idée, encore une fois, c’est de montrer que s’il y a une vérité (celle de la forêt ? de Dieu ?), il y a toutes sortes de façons d’y accéder (la chrétienté, le judaïsme, l’islam, etc.). Mais le chemin n’est pas la vérité. Seulement l’un de ses innombrables aspects... Et l’homme est forcément dans l’inconnu, face au mystère.

forêt


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Mise à jour le 16 juil 2010 - Rédacteur David Camus - Hébergement Amen - Conception jiga.fr | contact@david-camus.com

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