David Camus


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Blog 2010

Archives


Mercredi 22 décembre 2010.
Bientôt 2011 alors...

Bernard Ciccolini, Sapin et moi-même vous souhaitons :



Jeudi 16 décembre 2010.
Mon homme... de l'année.

Time Magazine a élu Mark Zuckerberg homme de l'année 2010. Ce n'est pas un mauvais choix. Mais ce n'est pas le mien. En ce qui me concerne, l'homme de l'année est incontestablement Julian Assange - l'éditeur du site WikiLeaks. Je sais, ce n'est pas original - d'ailleurs, c'est également lui qu'avaient choisi les lecteurs de Time Magazine.
Cela dit, les deux hommes ont tous les deux en commun d'avoir profondément bouleversé notre rapport au monde et aux autres. Zuckerberg en nous permettant d'afficher publiquement nos centres d'interêts, nos amitiés. Assange en rendant publics près de 250 000 mémos diplomatiques américains. (Je note au passage que, une fois n'est pas coutume, les Etats-Unis ouvrent la voie ; et j'attends avec intérêt les futurs mémos russes, chinois, français, etc.)
Ce qu'il y a d'intéressant avec ces deux hommes, c'est qu'ils modifient profondément notre rapport au secret, à l'inconscient. Facebook, comme WikiLeaks, en rendant "public" ce qui était "tu, caché", voire réservé à une élite, vont tous les deux faire évoluer la morale.
Il ne s'agit pas de savoir si cette évolution est bonne ou mauvaise - elle est, tout simplement. Je suis d'ailleurs frappé par la ressemblance qu'il y a entre WikiLeaks et
Millénium (je parle de la trilogie de romans, et de films, à succès) : le site, comme la revue, révèlent ce que les gouvernements cherchent à cacher. Sans compter que, même si Julian Assange est de nationalité australienne, le gouvernement suédois n'est pas loin !
Un homme de l'année -
Time Magazine l'a suffisamment dit et répété - est celui qui "a marqué le plus l’année écoulée, pour le meilleur ou pour le pire". Certes, WikiLeaks bouleverse notre rapport au temps, notre rapport à l'Histoire, pour le meilleur et pour le pire. Mais ce qui est sûr, c'est que ce site est emblématique de ce qui constitue une Démocratie. Et qu'il nous fait évoluer.


Dimanche 28 novembre 2010.
Cadeau d'idées.


Les jours passent, les fêtes approchent et cela fait plusieurs semaines que je n'ai pas mis mon blog à jour. Comme dirait le lapin blanc d'Alice : "Oh ! Par mes moustaches, je suis en r'tard, en r'tard, en r'tard !" Je ne sais pas pour le lapin, mais moi j'ai des excuses ! Ou plutôt une : elle mesure un peu plus de 50 cm et pèse environ 4,7 kg. Si vous ne voyez pas ce que c'est, voici de quoi vous mettre sur la piste : ça commence par un "b". (Remarquez, ça finit également par un "b"...) En plus, cette petite chose a pointé le bout de son nez juste au moment où - tel Hercule - j'arrivais au terme de plusieurs travaux importants (au moins une douzaine) : j'en veux pour preuve la sortie ce mois-ci de quatre livres auxquels j'ai participé de près ou de loin :

- le captivant " Arche", de Stephen Baxter (que j'ai traduit avec Dominique Haas - bien que nos noms ne soient pas mentionnés sur la page Web de l'éditeur !)
- l'extraordinaire " Guide de Kadath" (où j'ai traduit l'étrange nouvelle de Randolph Carter)
- l'envoûtant cycle des " Contrées du Rêve" (de Lovecraft)
- le passionnant " Tisser l"invisible" (consacré à l'oeuvre du génialissime Alan Moore)

Autant vous dire que je suis crevé et que je ne sais pas quand je pourrai remettre ce site à jour. Peut-être après les fêtes ? Bref, pour me faire pardonner, voici quelques idées de cadeaux : des cadeaux économiques (parce que c'est la crise) et écologiques (parce que c'est la mode) : des IDEES ! Oui, vous avez bien lu, cette année j'offre des idées (sauf à ma femme, sinon elle me quitte).

- Première idée : pour ceux qui viennent d'avoir un enfant, un truc que ma femme et moi venons de découvrir par hasard : passer l'aspirateur quand bébé hurle : ça le calme. (Bon, évidemment, s'il est délicat de passer l'aspirateur durant la nuit, on peut toujours le faire pendant la journée. Ou alors, quelqu'un aura un jour l'excellente idée - d'ailleurs, je la lui donne - d'inventer une machine qui reproduit le bruit de l'aspirateur.) Vous ne dormirez peut-être pas, mais au moins vous n'aurez plus l'impression d'avoir installé un système d'alarme défectueux dans votre maison.

- Deuxième idée : la sauce tomate au roquefort. Un grand classique de l'époque où j'étais célibataire. Curieusement, mes amis ne venaient pas trop me voir, les soirs où j'en faisais. Je me demande bien pourquoi.

- Troisième idée : les oeufs en chocolat fourrés au camembert. Pensez-y pour Pâques. Novateur et malin : on reste dans les produits laitiers. Ultra tendance.

- Quatrième et dernière idée : le Pschitt au lait. Apparemment, ça n'existe pas encore - ce qui est fort dommage, car j'en ai très envie. C'est tout simple : il s'agit de lait, mais gazeux. Si vous mettez ça au point, vous aurez au moins un client. (Mais peut-être pas deux, je le crains...)

Ce qui est pratique avec les idées, c'est que ça s'offre et s'échange facilement. Alors si comme moi vous cherchez quoi offrir à vos amis pour Noël : offrez-leur des idées ! Ils vous en sauront à jamais gré. (Cela dit, à part à mon beau-frère, je ne vois pas trop à qui je vais pouvoir offrir ces trois dernières idées...)


Samedi 16 octobre 2010.
Voyage avec Lovecraft.

Dans quelques jours va se terminer un impressionnant voyage : celui que je fais depuis le mois de mai dernier en compagnie de Lovecraft (dont je retraduis l'intégralité du cycle des Contrées du Rêve).

Ce voyage a profondément marqué mon quotidien. Ainsi, au cours des derniers mois : j’ai contemplé, en rêve, depuis un parapet au sommet d’une des plus hautes tours de Kadath l’Inconnue, un paysage désertique et glacé qui ressemblait aux vues vertigineuses que l’on a de la Terre observée depuis l’espace. J’ai vu les pages de mon dictionnaire d’anglais se tourner d’elles-mêmes pour s’arrêter sur un mot que j'ignorais devoir traduire («
Swami ») – car je l’avais laissé tel quel. Je me suis réveillé, la nuit, au son de grêles et lancinantes lamentations de flûtes maudites. Au cours de ces mois, perclus de fatigue, il m'est arrivé de lire : « Kadath l’Inconnue » au lieu de « Château d’eau », en sortant du métro ; ou bien encore, sur les grilles d’un chantier : « Attention, sortie de sorcières » au lieu de « Attention, sortie de camions ». J'ai rêvé que je prenais le train avec Lovecraft, qui voyageait avec un adolescent. Le reclus de Providence était furieux car j'avais percé son secret : il avait un fils, et ce fils n'était autre que... lui-même. J'ai rêvé qu’il ne fallait surtout pas traduire Lovecraft correctement, sous peine de devenir fou et de rendre fous ses lecteurs. (Ai-je tenu compte de cet avertissement ? A vous de juger…) Mais la cerise sur le gâteau, ce fut, je crois, la semaine dernière, lorsque ma fille aînée, âgée de quatre ans et demi, m'a déclaré : "Je suis une Kadath" - alors qu'elle n'avait jamais entendu parler de cette cité. Là, j'ai bien cru mourir d'une crise cardiaque. (En fait, elle voulait dire : "Je suis une cadette" - ce qu'elle n'est d'ailleurs pas.)

Vous voici prévenu : on ne ressort jamais indemne d’un voyage dans les Contrées du Rêve. Cela dit, ce n'est pas une raison pour ne pas vous jeter, dès novembre prochain, sur les deux extraordinaires recueils auxquels j'ai participé, avec des gens incroyablement talentueux (Mélanie Fazi, Nicolas Fructus, Raphaël Granier de Cassagnac, Laurent Poujois) : Kadath, le guide de la cité inconnue, et Les Contrées du Rêve (tous deux aux éditions Mnémos).

Dimanche 26 septembre 2010.
Le ballon-mot.


Si, comme moi, vous habitez la région parisienne, peut-être avez-vous eu la chance d'apercevoir hier soir vers 20h00 d'étranges formes évoluer dans le ciel. Ni avions, ni hélicoptères, on aurait dit des pâtes alphabets noires égarées dans un bol de soupe bleue. Leurs étranges phylactères étaient des messages adressées aux dîneurs pour les inviter, le temps d'un soir, à se rappeler leur enfance. Et c'est ce que je fis, me remémorant cette lointaine époque où nous procédions, dans la cour de mon école, à un imposant lâché de ballons emportant des cartes postales, dûment timbrées et portant notre adresse.
Jamais aucune carte ne m'est revenue. Et je sais aujourd'hui que, loin de traverser l'Atlantique, ces ballons finissaient leur course dans les maigres arbres de Sèvres. Je ne crois plus aux ballons. Mais je continue de croire au pouvoir des mots. Alors, ce soir, j'ai décidé d'envoyer un ballon-mot sur la toile du Web.
Un ballon-mot peut être constitué d'un ou de plusieurs mots. Son but est à peu près le même que celui des messages envoyés par bouteille, sauf qu'il n'y a pas, dans ce cas, de personne à sauver. Il ne s'agit que d'envoyer un message, et d'attendre qu'il revienne. Plus un message sera bref, synthétique, amusant et facile à retenir, plus il voyagera vite et loin. Voici donc mon message. Il s'agit d'une blague, que je viens d'inventer :
Question : "Comment appelle-t-on un policier qui n'a rien dans l'estomac ? "
Réponse : "Un à jeun de police."
Et voilà, mon message est parti. C'est aussi simple que ça. Il me suffit maintenant d'attendre son retour, d'ici quelques semaines, mois ou années, lorsque quelqu'un me racontera cette même blague, sans savoir que c'est de moi qu'elle est partie.
Ce jour-là, promis juré, je recommencerai à croire au pouvoir des ballons.

Dimanche 19 septembre 2010.
Traduire Lovecraft.

Je suis en train de retraduire toutes les nouvelles de Lovecraft se déroulant dans les Contrées du Rêve. Il s'agit de textes précédemment publiés dans
Dagon (Belfond, J'ai Lu), pour ceux traduits par Paule Pérez, ou dans Démons et Merveilles (10/18, Laffont - Bouquins), pour ceux "traduits" par Bernard Noël. Vous remarquerez les guillemets à "traduits" lorsqu'il s'agit de Bernard Noël. Car, autant la traduction de Paule Pérez est bonne, autant celle de Bernard Noël... ne saurait être qualifiée de traduction.
Moi qui ai toujours pensé que la traduction relevait de "l'interprétation", au sens musical ou théâtral du terme, on peut dire que j’ai été servi !
Et que dire de ceux qui trouvent Lovecraft abscons, opaque, confus… Comment leur en vouloir ? Comment leur faire comprendre, surtout, qu’il l’est beaucoup moins quand on le lit en anglais ?
Parcourant rapidement les 316 pages de mon édition 10/18 pour en relever les fautes MAJEURES de traduction, j’ai relevé près de 200 énormités, contresens, etc. Et je dis bien "fautes MAJEURES".

En règle générale, Bernard Noël tombe dans le panneau de presque tous les faux amis – ce qui m’incite à penser que sa connaissance de l’anglais était plus que superficielle. (Cela dit, du coup, les termes un peu plus compliqués sont souvent mieux traduits – probablement parce qu’il a dû les chercher dans le dictionnaire). Petit exemple, page 107, on a un Hindou "qui résumait" son récit - au lieu de "continuait" (to resume).
Il est impossible de dresser ici la liste de toutes les erreurs de traduction, de toutes les phrases, paragraphes ou morceaux de phrases qui n’ont pas du tout été traduits. Impossible et inutile. Cependant, permettez-moi de partager avec vous certaines des erreurs les plus hallucinantes, qui nuisent à la compréhension du texte, et font – selon moi – de cette traduction une sorte de chef d’œuvre en son genre.

La plus célèbre des erreurs se trouve page 28, où – authentique– on trouve ceci :
- "Si long, Carter", au lieu de "Adieu, Carter" ("So long, Carter", en anglais). (Comme je le dis souvent, si vous trouvez que votre traduction sonne bizarre en français, c’est qu’il y a certainement un problème…)
L’une de mes erreurs préférées est la suivante, page 222, où nous trouvons chez Bernard Noël :
- "il n’était pas prêt pour cette fameuse partie de tennis", au lieu de "il n’était pas prêt pour cette abominable réception chez le vicaire" ("he was not ready for that hateful lawn-party at the vicar’s").
Croyez-le ou pas, il y en a des dizaines et des dizaines dans ce genre-là. Parfois, Bernard Noël invente carrément, change le sens de paragraphes complets. C’est absolument stupéfiant ! (Cela dit, le plus stupéfiant c’est encore que cette traduction ait été publiée et qu’elle soit toujours disponible.)

Plus gênant, si j’ose dire, est tout ce qui vient nuire à la compréhension de l’univers de Lovecraft.
Entre autres exemples, la première phrase de
The Dreamquest of Unknown Kadath, qui est ainsi rendue, page 134 :
- "Trois fois Randolph Carter rêva de la merveilleuse Kadath (…)", quand il faudrait lire : "Trois fois Randolph Carter rêva de la merveilleuse cité (…)". Bernard Noël pense sans doute nous rendre service en mettant "Kadath" à la place de "cité", sauf qu’il ne s’agit pas de Kadath ! Ce détail a son importance, car la cité qui obsède Carter, celle dont il rêve sans arrêt, n’est pas Kadath mais cette autre, appelée "la merveilleuse cité du soleil couchant". (Et je ne parle même pas de ce qui concerne les dieux et leur hiérarchie : un massacre !)
Ailleurs, nous trouvons des "ash trees" qui sont systématiquement traduits "arbres calcinés", alors qu’il s’agit de "frênes" !! "Forbidding" (intimidant, inhospitalier) est presque toujours traduit par "interdit" - qui est la traduction de "forbidden"...
Nous avons, page 159, des créatures qui transportent des caisses avec une "force normale" au lieu de "force surnaturelle" (pour "preternatural strenght") – comme si Lovecraft allait parler de la force "normale" des créatures de son univers !
Et que dire des Zoogs, ces créatures "qui semblent toujours en prière" (page 142), alors qu’elles "sont toujours en train de fureter" !! (Probablement Bernard Noël a-t-il lu "praying" là où il est écrit "prying".) J’aime bien, aussi, la "queue poilue" des Maigres Bêtes de la Nuit, alors qu’elle devrait être "barbelée" puisqu’elles ont une "barbed tail". (Peut-être Bernard Noël a-t-il pensé qu’elles avaient la queue "barbue" et en voulant faire œuvre de traducteur a changé ça en "poilue" ?)
Et puis, en vrac, on trouve des expressions aussi curieuses que "crépuscule du matin" (il s’agit de l’aube, vous l’aurez deviné), un panorama "angoissant et pourtant aimable" page 45, alors qu'il est "d'une beauté à couper le souffle" ("breathlessly lovely"), des "rangées de végétation" au lieu d'une "végatation luxuriante" ("rank vegetation"), etc., etc.
Impossible de vous faire la liste, le livre regorge de ce genre de trucs. (On a une église qui est abattue pour agrandir "d’une pièce" un hôpital, quand il s’agit de lui "faire place" - "make room".)

Bref, tout ça pour dire que si vous pensiez, comme moi, avoir lu
Démons et merveilles parce que vous l’aviez lu en français (ou plutôt en bernard noël), eh bien ce n’est absolument pas le cas. On a là un OVNI littéraire – dont on me dit cependant qu’ils étaient relativement fréquents à cette époque-là (1955), du temps de la Série noire… Du coup, faut pas s'étonner si les quelques coquilles du texte anglais n'ont pas été repérées par Bernard Noël, et si on a un un "galion" au lieu d'une "galerie", et des "maîtres rouges" au lieu des "véritables maîtres"...
Bon, allez, quand même une bonne nouvelle : ma traduction arrive ! (Elle devrait paraître chez Mnémos d’ici la fin de l’année.)


Samedi 11 septembre 2010.
Aimer manger, manger aimé.

Depuis quelques mois, je suis accablé de travail. Si ça continue comme ça, je vais devoir rebaptiser mon blog « D’un mois l’autre »… (Pour info, je suis en train de retraduire une bonne partie des textes de Lovecraft. C’est absolument formidable - mais je vous en parlerai plus tard.)
Bref, pour attaquer cette rentrée aussi fatigante qu’exaltante, je puise des forces dans mes souvenirs de cet été, et notamment dans celui-ci : le week-end à Londres que ma femme m’a offert pour mes quarante ans, avec déjeuner à l’Atelier et dîner à la Cuisine de Joël Robuchon.
Je ne sais pas s’il vous est souvent arrivé de vous dire que vous viviez une épiphanie, mais moi ça n’a pas dû m’arriver plus d’une dizaine de fois. (Promis, bientôt sur ce site, la liste de mes épiphanies les plus avouables.)
J’adore les grands restaurants, où mes finances ne me permettent hélas pas d’aller aussi souvent que je le souhaiterais – cela dit, ce n’est pas plus mal pour mon tour de taille. Quel souvenir je garde des deux repas que nous y fîmes ? D’abord, celui de l’accueil. J’ai toujours considéré que le service comptait au moins pour un bon tiers dans la qualité du plaisir que nous prenions à manger dans un restaurant – grand ou pas. Là, le service fut encore plus exceptionnel que la cuisine – ce qui n’est pas peu dire. Une qualité humaine, d’écoute et d’accompagnement, tout en discrétion et simplicité, qui fait plaisir à l’âme. (Cet amour, d’ailleurs, se retrouvait également dans la façon dont les plats étaient préparés, cuisinés.)
Quant à la nourriture, ma femme a pris des « pâtes à notre façon » dont j’aimerais bien qu’elle soit la sienne (et dieu sait si elle cuisine bien). Et moi, entre autres plats, du "caviar en fine gelée au parfum de corail servi en surprise", des rougets - mon poisson préféré, qu'il est si rare et difficile de trouver correctement préparés - cuits à point.
Des langoustines en papillotes à mourir – ou plutôt, refuser de mourir ! La fameuse purée de Joël Robuchon dont l'ingrédient secret, nous dit-on, est l'amour. En dessert, je n’oublierai jamais ma religieuse au citron avec crème glacée au fromage blanc sur lit de crumble – à se pâmer. (J’en ai les papilles qui me titillent encore.) Bref, une cuisine inventive et papillonnante, raffinée, délicate. Cerise sur le gâteau, en bons provinciaux que nous étions, ma femme leur avait dit que c’était mon anniversaire. Conclusion, à chaque fois, une petite part de gâteau avec une bougie. (Je vous rassure, ils n’ont pas éteint la salle en chantant tous : « Happy Birthday to Youuuuu !" Je vois d’ici la tête des Golden Boys attablés à côté de nous. Remarquez, ça aurait pu être drôle…)
"Everything is all right ?" nous demande le serveur. A quoi je réponds : "It's a love story." Et je sais de quoi je parle, après 15 ans de vie commune avec mon épouse.
Donc, si vous avez une femme qui vous aime autant que la mienne, et qui a mis des sous de côté pour vous offrir le week-end de votre vie, filez donc à l’Atelier et/ou à la Cuisine de Joël de Robuchon. Olivier Limousin, le jeune chef, et sa brigade vous y recevront avec tout le raffinement et la générosité de leur cuisine. Comme ils le disent si bien : "Ce soir, nous allons vous surprendre."

Vendredi 16 juillet 2010.
Des fesses et des Normands.


Les fesses sont un sujet fascinant. Personne n'y est indifférent.
Ainsi, aujourd'hui, j'ai raconté à une amie ce que j'avais vu l'année dernière dans le métro, et qui m'avait beaucoup intrigué : une femme dotée d'un cul si énorme et d'une si petite tête que je m'étais dit : "Tiens, c'est bizarre. J'ai l'impression que sa tête est plus petite qu'une seule de ses deux fesses." (Après coup, je m'étais demandé s'il y avait un rapport entre les deux. Je n'en ai aucune idée. Mais il me semble quand même que la plupart des personnes ont une tête plus grosse qu'une de leurs fesses, vous ne croyez pas ?)
Après m'avoir écouté avec toute la politesse et la patience caractéristiques des personnes travaillant en milieu hospitalier, mon amie me dit que ça lui rappelait un célèbre dicton normand :

"Quand tu épouses la jeunesse, tu creuses ta tombe avec les fesses."

Je trouvai ce dicton magnifique, et décidai d'en parler aussitôt au mari de mon amie. Je fus bien inspiré, car il m'en apprit un second (toujours normand) :

"Mieux vaut cul pétant avec fracas que cul honteux se trahissant tout bas."

Comme quoi, j'avais raison : les fesses, ça fait parler tout le monde. Et nul n'en parle mieux que les Normands !

Samedi 10 juillet 2010.
Des gens et des livres.

On croise toutes sortes de gens sur les salons littéraires. Il y a ceux qui aiment les livres, bien sûr. Mais il y a aussi ceux qui ne les aiment pas. Le plus souvent, ceux-ci ne viennent pas seuls. Ils sont généralement à la remorque de leur mari, femme, enfant, parent, qui lui adore les livres et veut leur montrer "toutes ces merveilles", "tous ces auteurs"... On les repère au fait qu'ils jettent autour d'eux des regards désespérés, qu'ils marchent d'un pas traînant et qu'ils sont sur leurs gardes - comme si nous, les auteurs, allions les agresser. Ils me font un peu penser à ces maris forcés d'accompagner leur femme dans les boutiques de fringues, au moment des soldes.

Bref, tout ça pour vous dire que le week-end dernier, à Bayeux, lors des Fêtes Médiévales, j'ai rencontré plusieurs exemplaires de ces deux spécimens. Je me souviens notamment de ce jeune couple. Lui, jetait des regards émerveillés autour de lui. Elle, semblait avoir honte de lui. Il l'entraîne vers l'endroit où je suis assis, et lui montre l'un des ouvrages que je suis venu signer : "Dragons".

Dialogues :
Lui : "Oh ! "Dragons" ! Qu'est-ce que c'est ?"
Moi : "Il s'agit d'une anthologie de 17 nouvelles consacrées au thème des dragons..."
Lui (à elle) : "C'est super ! Tu entends chérie ?! 17 nouvelles sur le thème des dragons !"
Elle : "Des nouvelles ? Qu'est-ce que c'est ?"
Lui : "Des petites histoires."
Elle : "Y a plus de place dans la bibliothèque."
Lui : "On aura qu'à en acheter une autre !"
Elle (morose) : "C'est ça, et après on achètera un château..."
Lui (rêveur) : "On pourra en tapisser les murs..."
Elle (glaciale) : "Bonjour l'ambiance."

Dépité, il repose le livre et s'éloigne d'un pas traînant, sa chérie à la remorque. Il a perdu de son enthousiasme. Il ressemble à une lampe halogène dont on aurait brusquement diminué l'intensité lumineuse... Je me demande s'ils vont rester longtemps ensemble.

Autre rencontre, autre ambiance. Une jeune fille vient me voir. Elle sert contre elle un épais sac à dos d'écolier. Elle m'interroge sur mes livres, me pose de telles questions que je finis par lui demander : "Excusez moi, mais n'auriez-vous pas envie de devenir écrivain ?"
Je suis comme celui qui a flairé une consoeur. Celle-ci est aussi tordue que moi. Peut-être même plus. Le talent brille dans ses yeux, et elle me remet en mémoire cette phrase de Françoise Verny, qui m'avait dit autrefois : "Vous avez une tête d'écrivain." J'avais trouvé ça rigolo, amusant. Sur le coup, je ne l'avais pas crue. Mais je me dis, en voyant cette jeune fille : "Fichtre, s'il existe quelque part un regard d'écrivain, cette jeune fille l'a..."
Du coup, elle m'avoue que oui.
Elle me demande si elle peut me montrer un manuscrit. Je lui dis que oui, bien sûr. Elle sort de son sac à dos un énorme cahier d'écolier, couvert d'une fine écriture bleue où l'on repère quelques marques d'effaceur et de tipex. Je suis impressionné. "Il s'agit d'un roman policier", me dit-elle.
Et moi de me dire, un poil jaloux : "Bon sang, moi à son âge j'en étais encore à écrire des nouvelles que je signais Philip Howard..."
Nous échangeons quelques phrases, où je lui dis que c'est très bon signe. Il faut qu'elle continue. A écrire et à lire.
Et dans dix ans, c'est sûr, nous nous retrouverons à un salon.
Où elle sera côté auteurs.

Mardi 29 juin 2010.
La plus petite histoire du monde.


C'est l'histoire d'une tueuse en série belge qui décide de tuer douze personnes et de se tuer, et qui commence par se tuer.

Dimanche 20 juin 2010.
Proposition d'évolution.


Je ne sais pas vous, mais moi j'ai froid.
Depuis le début de l'année, j'ai froid, froid, froid. Je souffre du manque de lumière. Je souffre de la pluie.
Ma fille a une bronchite, ma femme ne quitte plus son écharpe, j'ai vu des gens se promener en doudoune, et j'ai rêvé qu'il neigeait.
Et je ne suis pas loin de penser qu'il en va de même pour vous.

J'ai donc une propostion à vous faire : retarder de trois mois notre calendrier. Ainsi, au lieu d'être en juin, nous serions en mars. Cette proposition a pour avantage de faire se correspondre l'idée que nous nous faisons d'un mois mars avec le temps que nous subissons actuellement. Autre avantage : avec un peu de chance, nous aurons, d'ici trois mois, un beau mois de juin... (Je dis bien, "avec un peu de chance". Vous noterez mon optimisme...)

Inconvénient : les journées seront plus courtes, évidemment. Croyez-le bien, ça me chagrine autant que vous mais, d'un autre côté, les journées d'hiver seront plus longues...

Car nous n'avons pas le choix : nous sommes condamnés à évoluer. Alors, de deux choses l'une : ou bien nous choisissons de conserver au mois de juin son caractère ensoleillé, et dans ce cas nous le décalons à dans trois mois, ou bien nous faisons évoluer notre conception de ce que doivent être des mois de mai, juin, juillet, et nous les associons à la grisaille, au froid, à la pluie, voire à la neige et au verglas... Dans tous les cas, nous évoluons. Avec un peu de chance, nous passerons Noël en maillot de bain. A moins qu'il ne se mette à faire gris et froid toute l'année, ce qui est encore une autre forme d'évolution. (Mais là, me direz-vous, ce n'est plus de l'optimiste...)

Mercredi 9 juin 2010.
Pornoésie.


En rangeant mes archives, je suis tombé sur plusieurs poèmes, écrits quand j'avais 18 ans. Et notamment sur celui-ci, que j'avais complètement oublié (je vous le livre tel quel, sans rien y changer) :

ODE A L'AMOUR (SPIRITUEL)

"
Te voilà assise à croupetons sur ton épais compagnon.
Il éructe, crache, tousse et vomit,
Te prend, te dérobe et te force.
Puis il attend qu'à genoux - amorphe gloutonne -
Tu puisses lui saisir son sexe rougi par l'âge
L'effort et les maladies.
Enfin, ta soif calmée, il s'éprend de tes douces aisselles
Qu'il promène le long de son nez.
Le subtil fumet lui ouvre l'appétit, et le voici
Qui saisit la paire de cuisses que généreuse tu lui tends.
Comme il caresse de son membre sec le gras de ta toison,
Le sang
Se met à couler
De fesses empoignées, d'ongles ravageurs.
L'exercice est vif :
Taillade, touille, tâte et soupèse,
Remue encore un peu puis s'épanche à la faveur d'un râle,
Cri d'autrefois.
A présent, nabode indolore, tu reposes
Non loin de son bras racorni ;
Et ton vagin crevé à jamais
Baigne encore dans l'aimable sperme de ton avide voisin.
"

(Nov. 1988.)

Ah la la... On n'est pas sérieux quand on a... dix-huit ans.
Et maintenant, je fais des romans.

Mercredi 2 juin 2010.
Scène de la vie ordinaire.


Attention, la description qui suit est d’une banalité sidérante. Ceux qui sont en quête d’exceptionnel feraient mieux de passer leur chemin…

Ce matin, donc, je me suis rendu au centre administratif de la ville où j’habite afin d’inscrire ma fille au Centre de Loisirs de l’école où elle ira l’année prochaine. À l’accueil, où se pressent plusieurs personnes derrière lesquelles j’aperçois la masse noire d’une foule importante, une jeune femme s’enquiert de l’objet de ma venue et me remet un ticket portant le numéro « 1540 » au bas duquel est inscrit : « Votre temps d’attente est estimé entre 12 Min et 14 Min. »
Il est 9h10. Le panneau d’affichage faisant face à la foule appelle le numéro 1160 à se présenter guichet 4. « Eh bien, me dis-je, ils sont rapides…»
Mais après plus d’une demi-heure d’attente, je suis bien obligé d'admettre que je suis aussi naïf que leur système informatique est imprécis.
Finalement, à 10h00, je suis appelé à me présenter à ce même guichet 4, où une fonctionnaire agressive m’aboie : « C’est pour quoi ? » sans même répondre à mon « Bonjour madame ».
- C’est pour inscrire ma fille au Centre de Loisirs.
- Z’avez les documents ?
Je lui tends l’intégralité des documents nécessaires, et dont la liste se trouve sur le site Internet de la Mairie, que ma femme et moi avions pris soin de consulter la veille au soir.
- Où est le Carnet de Santé ?
- Il n’était pas demandé.
- Il faut le Carnet de Santé, c’est obligatoire. Faut qu’on sache si les vaccins de vot’ fille sont à jour ou pas…
- J’ai déjà donné ces informations il y a deux semaines, lorsque je l’ai inscrite au Centre de Loisirs pour l’été…
- C’est pas le même dossier, il passe par d’autres mains. C’est une nouvelle année scolaire qui commence, il faut le Carnet de Santé.
Puis d’ajouter, visiblement excédée : « Z’avez le dossier d’inscription ? »
- Non, je pensais le récupérer ici, comme il y a deux semaines, lorsque que j’ai inscrit ma fille au…
- Z’auraient dû vous le donner à l’accueil. Vous leur avez pas dit pourquoi vous venez ?
- Si, d’ailleurs c’est inscrit sur le ticket qu’ils m’ont remis : «
Inscrip au centre de loisirs mercredi ».
- C’est pas normal, ils auraient dû vous donner le dossier d’inscription. Retournez à l’accueil et demandez-le leur. Puis retournez chez vous pour prendre le Carnet de Santé, et revenez nous voir. Au revoir.
D’un geste de la main, elle me fait signe de m’éloigner. Docile, je retourne à l’accueil récupérer le fameux « dossier d’inscription » qu’ils auraient dû me remettre à mon arrivée, puis rentre chez moi, à la fois furieux d’avoir perdu une heure et soulagé de n'avoir perdu
qu'une heure…

14h11, de retour au Centre Administratif.
Mon dossier est rempli. J’arrive à l’accueil, expose à nouveau ma requête et prends un nouveau ticket dont le numéro (« 1482 ») est, ô miracle, aussitôt appelé à se présenter, guichet 5. Je m’y rends, mais il est vide… Je regarde à droite. A gauche… Personne, toujours personne. Au guichet 4, une employée municipale. Celle que j’ai vue ce matin. Se souvient-elle de moi ? Je me permets de lui demander : « Pardon, j’ai été appelé au guichet 5, mais il n’y a personne, vous savez si… » Je n’ai pas le temps de terminer ma question qu’elle me lance : « Z’avez qu’à attendre, la personne va pas tarder à arriver. » « Merci pour votre gentillesse... », lui dis-je, en espérant la contaminer avec ma politesse.
Retour au guichet 5. Je me fais l’impression, comme souvent dans ce genre de situation, d’être dans
Les Douze travaux d’Astérix, quand Astérix et Obélix doivent obtenir de l’administration je ne sais plus quel document… Après une toute petite minute d’attente, une femme finit par arriver d'un pas traînant. « Bonjour », lui dis-je. Elle ne me répond pas, se contente de soupirer : « Je ne vous ai pas appelé. Je n’ai appelé personne. » Elle le dit sur le ton de ces candidats au suicide qui voient arriver les pompiers alors qu'ils viennent de se mettre la corde au cou. Je jette un coup d’œil au panneau d’affichage qui domine la salle d’accueil, dans mon dos : « Pourtant, je vous assure que mon numéro a bien été appelé à ce guichet…» D’un geste las, elle prend mon dossier et fait ce commentaire : « Eh ben, c’est qu’ils appellent les gens automatiquement… Enfin, vous avez les documents ? »
Je les lui présente, ce qui me prend une demi-seconde. Elle les contemple d’un air las, cherche ma feuille de paie, ne la trouve pas et me demande : « Vous travaillez ? »
- Je suis auteur traducteur. Je n’ai pas de salaire, je touche des droits d’auteur, j’ai des contrats…
- C’est seulement pour prouver que vous travaillez…
Contrairement à ce qui était annoncé sur le site Internet de la Mairie, elle se contente des photocopies d’un seul de mes contrats et du dernier bulletin de paie de ma femme, puis me tend un bout de papier sur lequel est inscrit : «
Attestation remise dossier centre de loisirs… »
Il est 14h15. Ma fille est inscrite, ça n'a pas pris cinq minutes. Conclusion : l’administration, c’est comme le mariage. C’est pour le meilleur et pour le pire. La seule différence, c’est que c'est plus souvent pour le pire...

Mercredi 26 mai 2010.
Merci qui ?


J'apprends que le débat sur les retraites tourne à la polémique en ce qui concerne "le bilan de Mitterrand".
En effet, Sarkozy aurait déclaré hier, mardi 25, que si Mitterrand n'avait pas abaissé l'âge légal de départ à la retraite de 65 à 60 ans "on aurait beaucoup moins de problèmes"...
Du coup, il (Sarkozy) se fait taper sur les doigts par les socialistes. Je vous épargne leurs déclarations, mais je retiens celle-ci, du député PS Jean Glavany :

"Il y a des millions de Français qui sont partis en retraite à 60 ans depuis 1982-83 et qui nous disent encore merci d'avoir voté cette mesure. Il y a des millions de Français qui sont dans cette situation de dire merci à Mitterrand."

C'est une façon de voir. Pour moi, si ces Français doivent dire merci à quelqu'un, ce n'est pas aux socialistes ni à Mitterrand. Non. C'est à tous ceux de ma génération.

Mardi 25 mai 2010.
Ceci n'est pas un voile.

C'est un chiffon. De quoi je parle ? Mais du voile, voyons !
Car il est évident, pour moi, que ce voile n'est pas un voile... Entendons-nous bien : s'il en est
un pour les femmes qui le portent, il tient lieu de "chiffon rouge" pour le gouvernement, qui l'agite
devant le taureau de l'Opinion publique pour mieux l'embobiner.

J'ai toujours pensé que
la principale raison d’être de cette loi visant à interdire le port du voile intégral, que les Français, dans leur immense majorité, appellent de leurs vœux, était d'autoriser - de justifier - un premier pas vers un changement en profondeur de notre Constitution.
En vérité, cette loi n’est pas faite pour être conforme à la Constitution. C’est même l’inverse : il ne faut pas qu’elle soit conforme à la Constitution. Il s’agit de montrer aux Français que leur Constitution n’est pas bonne, puisqu’elle ne sert pas leurs intérêts. Sous le prétexte de mieux vous défendre, de mieux défendre "les valeurs de la République", la Constitution sera peu à peu modifiée. Il faut que ceux qui approuvent l’interdiction du voile aujourd’hui sachent qu'ils approuveront demain le fichage génétique, après-demain l’implant de puces électromagnétiques sous la peau, le rétablissement de la peine de mort et l'abolition de la séparation de l'Eglise et de l'Etat.

L’interdiction de porter le voile est un premier coup porté – et si vous croyez qu’il vise les femmes voilées, vous vous trompez.
Celui qu’il vise, c'est la Démocratie, c’est vous.

Mardi 11 mai 2010.
L'esprit de la lettre.

Long papier d'Yves de Kerdrel aujourd'hui, en page 15 du Figaro. Il nous dit tout le bien qu'il pense de la lettre envoyée par Turgot à Louis XVI. Cette lettre contient les premières recommandations de Turgot, fraîchement nommé contrôleur général des finances (nous sommes en 1774). En voici un extrait :

"
Je me borne, Sire, à vous rappeler ces trois paroles : point de banqueroute. Point d'augmentation d'impôts. Point d'emprunts."

Et d'expliquer ensuite pourquoi. Ce qui me frappe, dans l'article de Kerdrel, ce n'est pas qu'il trouve sages les propos de Turgot - je les trouve sages moi aussi -, c'est qu'il ne voit rien d'anormal à ce que l'Etat achète aujourd'hui cette lettre pour près de 64 440 €. C'est bien plus que ce que je gagne en un an. Ce qui me frappe surtout, c'est à quel point l'Etat confond l'esprit et la lettre. Il s'offre la lettre, mais démontre par cette acquisition même qu'il n'en a pas saisi l'esprit. Ce qui me frappe enfin, c'est cette phrase de Kerdrel, au début de son article :

"
Nul ne sait pourquoi Turgot a écrit en grosses lettres sur la première page de ce document, le mot "Inutile !"."

Nul ne sait pourquoi ? Vraiment ? Eh bien moi je sais - et je suis sûr que vous aussi.

Dimanche 9 mai 2010.
Actualité de Paul Valéry.


Je me suis amusé ce week-end à relire les
Cahiers de Paul Valéry. J’y ai trouvé de nombreuses pensées qui résonnent étrangement en cette période où l’avenir de l’Europe semble aussi sombre que son ciel, obscurci par les cendres rejetées par un certain volcan d’Islande au nom quasi imprononçable.

Ainsi, après nous avoir dit que « (...)
l’Europe était quelque chose de particulier », mais sans définir quoi, Paul Valéry nous annonce que : « L’Europe commence aux Croisades », ce que je trouve assez discutable. Plus amusantes, ces deux phrases qu’on croirait écrites pour commenter ce qui se passe aujourd’hui : « L ’Europe est chargée du poids de son histoire. L’image réelle de ce poids est donnée par ses dettes. » Puis : « On demande une politique. L’Europe à la recherche d’une politique. » (Je précise que ces phrases datent de 1926, 1927.)
En 1927, Paul Valéry écrira : «
La nation qui comprendra le mieux la situation de l’Europe aura la direction des choses européennes. » Ce qui ne l'empêche pas de préciser : « Aucune nat[ion] d’Europe ne peut se passer des autres, en présence de l’éveil du reste du monde et de son rapprochement. » D'ailleurs : « Un point de vue purement français est nécessairement dangereux pour la France. » Et de nous mettre en garde : « Les nations périssent souvent pour n’avoir su changer leurs habitudes – réformer leurs mœurs. »

Ensuite, il s’interroge (en 1939) : «
Je me demande si tout ceci – l’Europe – ne finira pas par une démence ou un ramollissement général. »

Et pour finir, on croirait presque lire l’extrait d’un éditorial récent, quand on lit ce qu’il écrivit en 1943 : «
L’Europe achève une étonnante, éclatante et déplorable carrière (…). »

Prophétique ?

Dimanche 2 mai 2010.
Florilège.


Quand mes livres sont sortis, on a surtout parlé de mon grand-père, et du fait que son petit-fils écrivait, lui aussi.
Cela m'a valu toutes sortes de réactions et de commentaires , certains positifs - et d'autres plutôt négatifs, dont voici un petit florilège :

PROFESSORAL :
- "Dommage qu'il ne se soit pas accordé plus de la liberté si chère à Albert !" (Romaric Gergorin,
Paris Match, dans un article intitulé - ça ne s'invente pas : "Camus fait une mauvaise chute" !)

VISIONNAIRE :
- "Ah bon, c’est le petit-fils d’Albert ?! …"

- "Ben oui… et devine ce qu’il fait dans sa tombe ???"
- "Je gage qu’il se retourne et se secoue dans tous les sens ? … "
- "et en prime, il se ratatine d’horreur !"
(Clarabel et Yspaddaden, sur le blog d'Yspaddaden.)

Mais le POMPON D'OR, je crois, revient à Christine Bravo qui lors de l'enregistrement de l'émission de Laurent Ruquier "
On a tout essayé" m'a demandé (je cite de mémoire) :
- "Pourquoi c'est pas Gallimard qui vous a publié ? Après tout, ils vous devaient bien ça : ils ont tué votre grand-père."

Splendide, non ? (Cette réplique fut coupée au montage. Je ne recommande à personne cette émission. Dans mon cas, la chroniqueuse chargée de parler de mon livre ne l'avait même pas terminé, et d'énormes bêtises y furent proférées avec aplomb et applaudies avec effervescence.)

Je note enfin que, bien souvent, les meilleures - dans tous les sens du terme - critiques de mes livres, ou bien ne mentionnent pas ma filiation, ou bien la traitent en profondeur. Faut-il y voir un hasard ?

Dimanche 25 avril 2010.
"The Final Explanation" ?


Comme je suis quelqu'un de curieux et que j'aime bien comprendre ce qui se passe - surtout quand ça me concerne - , je me suis demandé ce qui avait pu provoquer cette floraison d'articles de journaux et de blogs clamant que j'avais réclamé le jugement des terroristes du FLN.
Je m'exprime généralement assez peu sur mon grand-père. Pourtant, à l'occasion du cinquantième anniversaire de sa mort, j'ai accepté l'invitation du Centre Pompidou à venir lui rendre hommage - c'était avant qu'il ne soit question de le faire entrer au Panthéon, sans quoi j'aurais probablement refusé.
Bref, tout ça pour dire qu'au cours de cet hommage - intitulé "Albert Camus dans le texte", et qui s'est tenu le 30 janvier 2010 à Beaubourg - j'ai lu un extrait de l'avant-propos rédigé par mon grand-père à ses
Chroniques algériennes. Je précise que j'ai lu cet extrait dans le but de préciser sa position lors de la Guerre d'Algérie, et parce qu'il vaut toujours mieux, je crois, revenir au texte quand on cherche à connaître la pensée d'un auteur. Voici l'extrait que j'ai lu :

"Mais, pour être utile autant qu'équitable, nous devons condamner avec la même force, et sans précautions de langage, le terrorisme appliqué par le F.L.N. aux civils français comme d'ailleurs, et dans une proportion plus grande, aux civils arabes." (Albert Camus,
Chroniques Algériennes.)

Je pense que c'est cette phrase qui, par le jeu de ce qu'il conviendrait d'appeler "une sorte de téléphone arabe", nous a valu - à moi, de me voir reprocher d'avoir réclamé "le jugement des terroristes du F.L.N." ; - à Yasmina Khadra d'avoir gardé le silence lorsque je l'ai fait !!

Ma curiosité ira-t-elle jusqu'à découvrir pourquoi, comment, un tel malentendu a été possible ? Est-ce vraiment intéressant ? Ou peut-on se satisfaire de l'explication la plus probable, à savoir que certains pseudo-journalistes ne sont pas plus journalistes que vous et moi - voire même qu'ils le sont moins ?

Dimanche 18 avril 2010.
Toujours aussi fascinant.


On me signale que sur un blog ( http://canempechepasnicolas.over-blog.com/article-polemiques-autour-d-albert-camus-46977310.html), il est écrit : "Dans l’émission consacrée aux significations de cette caravane, David Camus réclame le jugement « des terroristes du FLN »."
(Pour info : il s'agit d'une caravane organisée par le Club Camus Méditerranée, en partenariat avec le Centre Culturel Algérien et la ville d'Oran, pour faire connaître - notamment en Algérie - l'oeuvre de mon grand-père Albert à l'occasion du cinquanternaire de sa mort.)
Ce blog nous dit donc qu'il y aurait eu "une émision consacrée aux significations de cette caravane". Quelle émission ?
La vérité, c'est qu'il n'y a probablement pas plus d'émission que de déclaration de ma part réclamant "le jugement « des terroristes du FLN »". Ce qui n'empêche pas l'auteur de cet article d'affirmer : "Présent, le directeur du Centre culturel algérien à Paris
(Yasmina Khadra) ne proteste pas."

Vraiment fascinant, vous ne trouvez pas ?

Jeudi 15 avril 2010.
Fascinant.

On me signale un article d’un certain M. B. où je suis cité. Curieux, je vais y jeter un œil ( http://www.latribune-online.com/suplements/culturel/31476.html). Il s’agit en fait d’un article portant sur Yasmina Khadra, que son auteur ne porte visiblement pas dans son cœur (s’il en a un). Il reproche notamment à Khadra de défendre « la thèse éculée d’une Algérie coloniale mais fraternelle ». Et d’expliquer, quelques lignes plus bas : « Voilà donc les raisons de son silence devant David Camus qui réclamait le « jugement des terroristes du FLN ». » Tiens, me dis-je, j’ai réclamé le jugement des terroristes du FLN, moi ?! Fascinant… Je me demande bien où et quand. Mais j’imagine que c’est le genre de précision qu’on n’a pas besoin de donner quand on se dit "journaliste". (Le plus fort, c'est que ce "journaliste" prétend parler des "mythes et [des] faits". A mon avis, il confond les deux.)

Comme d'habitude, "l'information" est reprise telle quelle sur d'autres sites et forums Internet
. Fascinant, je vous dis… Mais pour l’instant je ne sais pas si je dois en rire ou en pleurer.

(Pour être complet, je dois également signaler encore un article où les mêmes erreurs apparaissent.)

Mardi 6 avril 2010.
Sur les quais.

Vendredi matin 2 avril, on apprenait qu’un homme avait été poussé sous une rame de RER et qu’il en était mort. Vendredi 2 avril au soir, alors que je prends le métro comme d’habitude pour rentrer chez moi, je remarque que la plupart des gens attendent le métro le dos collé contre le mur…

Mardi 6 avril 2010.
Traire la vache, tondre le mouton et prendre les gens pour des c...

Depuis Ségolène Royal et ses « jurys citoyens », « citoyen » est devenu une épithète à la mode, un de ces mots en vogue si représentatifs de notre époque, comme « légitimité » ou « transparence ».
Rien d’étonnant, donc, à ce que le monde de l’édition s’en empare lui aussi – ce qu’ont fait Les Éditions des Nouveaux Auteurs en instaurant ce qu’elles appellent un « 1er COMITÉ CITOYEN » (les majuscules ne sont pas de moi). Il s’agit d’un comité de lecture ouvert au « GRAND PUBLIC », qui a pour rôle d’effectuer un premier écrémage parmi les manuscrits reçus. Je précise que chez les éditeurs traditionnels, ce rôle est généralement dévolu à des lecteurs (en théorie) compétents, et rémunérés. (J’ignore si dans le cas des Éditions des Nouveaux Auteurs les lecteurs de ce « 1er COMITÉ CITOYEN » sont rémunérés ou non, mais on peut penser qu’avoir la chance, l’honneur, de faire partie d’un tel « 1er COMITÉ CITOYEN » constitue déjà en soi une rémunération suffisante.)

Je ne suis pas insensible à ce que ce projet a de neuf et d’alléchant. Sauf que...
Quand on se penche sur les contrats proposés par ces Éditions des Nouveaux Auteurs, on comprend rapidement ce qu’elles veulent dire lorsqu’elles proclament sur la page d’accueil de leur site Web qu’elles ont « une approche unique et originale de l’édition ». Il est vrai que leurs contrats sont uniques et originaux. Ce n’est hélas pas à leur honneur.
Déjà, j’avais trouvé de mauvais augure qu’il soit précisé sur leur site que les auteurs dont les manuscrits seraient retenus – par un second comité composé cette fois-ci d'on ne sait qui – se verraient proposer un contrat « à compte d’éditeur ». Pourquoi cette précision ? Probablement pour se donner un vernis d’honorabilité et rassurer les aspirants auteurs qui se seraient déjà faits escroquer par des « maisons d’édition » qui n’en sont pas et font payer ceux qu’elles « publient » (« impriment », en fait). D’accord, par rapport aux « maisons d’édition à compte d’auteur », les Éditions des Nouveaux Auteurs n’ont pas à rougir. Mais qu’en est-il par rapport aux « maisons d’éditions traditionnelles » desquelles elles semblent vouloir se démarquer ?
Les contrats proposés par Les Éditions des Nouveaux Auteurs seraient-ils eux aussi des « contrats citoyens » ? Si c’est le cas, alors c’est à pleurer. Celui qui m’a été communiqué portait en haut de chacune de ses pages la mention « strictement confidentiel ». Bizarre, vous ne trouvez pas? En plus de dix ans de pratique éditoriale comme auteur, éditeur, traducteur, c’est la première fois que je vois ça. Pourquoi ces Éditions des Nouveaux Auteurs demandent-elles à leurs auteurs de ne pas montrer leur contrat ? De quel droit ?
Eh bien, il suffit de le lire pour comprendre. Jamais je n’ai vu une chose pareille.
Je ne vais pas vous énumérer chacun des points « douteux » du contrat que j’ai entre les mains, mais simplement vous dire que :
- les Éditions des Nouveaux Auteurs ne proposent aucun à-valoir ;
- les Éditions des Nouveaux Auteurs effectueront de votre ouvrage (si vous n’êtes pas primé à l’un de leurs concours) un premier tirage de seulement 200 exemplaires (comment, en ce cas, le promouvoir ou le mettre correctement en place ?) ;
- les Éditions des Nouveaux Auteurs s’arrogent 70 % des revenus annexes là où les maisons traditionnelles n’en gardent « que » 50% (ce qui est déjà énorme) ;
- les Éditions des Nouveaux Auteurs proposent des droits d’auteurs allant de 7% à 10% de prix de vente HT de l’ouvrage (autrement dit elles s’arrêtent là où les maisons traditionnelles commencent)
- les Éditions des Nouveaux Auteurs inventent un nouveau type de « pacte de préférence » portant sur « cinq ouvrages » (ce qui est énorme) « tous genres confondus » (ce qui n’est pas légal)
Tout cela pour la durée de la propriété littéraire, et je ne parle pas du reste...

Comme le disait sur son blog un de leurs auteurs, tout content d’être publié par eux : « Rien à voir, donc, avec les grandes maisons d'édition. » Ce qui est absolument vrai, mais pas dans le sens où il l’entend.
Le contrat porté à ma connaissance est tel que j’ai du mal à comprendre comment des auteurs comme Yann Queffélec ou Paulo Coelho ont pu accepter de parrainer les concours organisés par Les Éditions des Nouveaux Auteurs en partenariat avec VSD et Femme Actuelle.
Que dire, en conclusion, sinon poser cette question : abuser de la bonne foi des aspirants auteurs pour leur faire signer des contrats léonins, est-ce vraiment « citoyen » ? Si oui, alors Les Éditions des Nouveaux Auteurs et moi n’avons pas la même définition de ce terme. Mais j’imagine que se faire allégrement rouler dans la farine est le prix à payer pour être un « Auteur Citoyen », publié par une maison qui mériterait en ce cas de se faire rebaptiser « Éditions Citoyennes ».


Dimanche 28 mars.
Mon déjeuner avec elle.

Je l’avoue, j’ai honte : je ne suis pas physionomiste pour un sou. Je n’ai pas la mémoire des visages. Et j’ai besoin, pour reconnaître quelqu’un, de le voir bouger ou de l’entendre parler un certain temps. Bref, quand j’ai été invité à déjeuner le mois dernier par Ileen Maisel – une amie américaine, productrice de cinéma –, je n’ai pas reconnu la femme qui était assise juste à sa droite. Tout ce que j’ai « reconnu », c’est une très belle femme d’environ soixante-dix ans, au regard impressionnant, et qui
« bougeait » comme une comédienne. Ce que je veux dire par là, c’est qu’on avait l’impression que même l’espace bougeait autour d’elle, pour lui faire de la place, quand elle faisait un mouvement aussi simple que tourner la tête ou lever sa fourchette. Le temps semblait couler moins rapidement pour elle que pour nous.
Le déjeuner se passait on ne peut mieux. Nous discutions – en anglais – de nos projets, lorsqu’un assistant vint déposer devant Ileen les pages du scénario qui devaient être tournées dans l’après-midi. Ileen me les tendit en disant : « David, tu pourrais lire le script et le corriger’il te plait ? »
Là, je me suis demandé si j’avais bien compris ce qu’elle m’avait demandé, et j’ai répondu : « Oui, bien sûr, pas de problème. » Le scénario en question était une adaptation d’un roman à succès de Jackie Collins, intitulé
Paris Connections. Roman que je n’avais, bien entendu, pas lu. Pas plus que le scénario d’ailleurs… Je prends les pages, essaie de comprendre qui est qui et de quoi il est question dans les scènes qui me sont présentées. Au fur et à mesure de ma lecture, je comprends plusieurs choses, et notamment que l’un des personnages, une femme, est une ancienne Top Model. Sa présence en dit autant que ses paroles. Autrement dit, elle n’a pas besoin d’en dire des tonnes pour se faire comprendre. Je « retouche » donc deux de ses répliques pour aller dans ce sens-là, et rend le scénario à Ileen Maisel. C’est le moment que choisit la femme assise à sa droite pour me parler. Elle me dit : « Le personnage dont vous avez changé les répliques est le mien. » « Oh, je ne savais pas », dis-je, avant d’ajouter, confus : « Je suis désolé… Mais je pense que ce que j’ai dit va dans le bon sens. » Elle me demande : « Vous connaissiez le scénario ? » Je lui avoue que non. « Vous aviez lu le livre ? » Toujours non.
J’ai peur de me faire incendier. Quand elle me dit : « Jackie Collins est une amie. Je l’ai eue dimanche au téléphone. Et je dois vous dire que ce que vous avez dit au sujet de mon personnage est tout à fait exact. Vous l'avez parfaitement compris. » Je bredouille un remerciement… Elle me demande si je suis comédien. Je réponds : « Non, auteur. »
Après quelques échanges des plus cordiaux, où nous nous comprenons à demi-mots, la comédienne s’en va, avec sa fille. Je finis le repas avec Ileen , puis je rentre chez moi. Quelques jours plus tard, je recevais un mail d’Ileen me remerciant. « Grâce à toi », me disait-elle en substance, « Anouk Aimée a accepté de travailler avec nous. » Anouk Aimée ! Mon dieu, j’avais déjeuné avec Anouk Aimée ! La star de mon adolescence, l'héroïne de
Un homme et une femme. Et j’avais – plaisir indicible – placé quelques répliques dans sa bouche...
J’espère qu’elle ne m’en voudra pas de ne pas l’avoir reconnue lors de ce déjeuner. Mais cela eut-il été le cas, que je n’aurais pas réussi à lui parler. Comme quoi, il est des choses qu’il vaut mieux ignorer.



Dimanche 21 mars 2010.
Coups de tampon.

De retour au bureau de vote ce dimanche, pour le second tour des régionales. Je suppose que la prochaine fois que j’irai voter, ce sera pour les présidentielles de 2012. Et je suppose aussi qu’entre temps j’aurai reçu une nouvelle carte d’électeur. C’est extrêmement frustrant. Je m’explique : je vote à toutes les élections, ce qui fait que depuis que je l’ai reçue, ma carte d’électeur a reçu neuf coups de tampons. 4 en 2007. 2 en 2008. 1 en 2009. Et 2 en 2010. Il me reste donc 3 cases blanches sur les 12 qu’elle comptait au départ. Or, comme je suis certain que le ministère de l’Intérieur va me la changer dans la perspective des prochaines élections, je ne saurai donc jamais, jamais, ce qu’on reçoit lorsqu’on a rempli toutes les cases de sa carte ! Comment, en ce cas, demander aux gens d’aller voter si c’est pour leur retirer leur carte avant qu’ils aient fini de la remplir ? C’est d’ailleurs là très certainement l’une des explications aux très forts taux d’abstention que nous ne cessons de constater. Car, à l’heure où la politique est devenue un bien de consommation comme les autres, comment se fait-il que notre carte d’électeur soit la seule qui ne nous récompense pas pour notre fidélité ? Mes autres cartes me donnent droit, par exemple, à une place de cinéma gratuite pour cinq achetées ou à des bons de réductions sur mes prochains achats de yoghourts, autrement dit à des choses très utiles, alors que ma carte d’électeur ne m’a rapporté jusqu’à présent que des impôts et des taxes supplémentaires, et beaucoup, beaucoup de frustration. C’est vrai, quoi ! Pourquoi ne serions-nous pas récompensés pour notre assiduité ? Surtout quand il est de plus en plus question de payer les élèves pour qu’ils assistent à leurs cours. Allez, mesdames et messieurs les législateurs, faites preuve pour une fois d’un peu de bon sens ! On donne bien des médailles pour moins que ça. Je trouve qu’il faudrait inventer quelque chose. Pour vous aider dans vos réflexions, voici quelques pistes de travail :

1 - tout citoyen ayant obtenu 12 coups de tampons sur sa carte d’électeur aura le droit de participer à une treizième élection, ultrasecrète, et à laquelle les autres n’auront pas le droit de voter.

2 – tout citoyen ayant obtenu 12 coups de tampons sur sa carte d’électeur aura le droit de voter deux fois la prochaine fois.

3 – tout citoyen ayant obtenu 12 coups de tampons sur sa carte d’électeur bénéficiera automatiquement de 12 voix d’avance à la prochaine élection à laquelle il se présentera pour se faire élire.

4 – tout citoyen ayant obtenu 12 coups de tampons sur sa carte d’électeur aura le droit a une nouvelle carte d’électeur, appelée carte de « super électeur », en plastique, avec service de conciergerie intégré.

Si vous avez d’autres idées, n’hésitez pas à me les envoyer. Dès qu’on arrive à 100, je les envoie au ministère de l’Intérieur !


Dimanche 14 mars 2010.
Des élections et des fruits.

En route pour la salle de vote, avec ma petite famille. Je demande à ma fille de quatre ans si elle sait pour qui elle va voter. Le plus sérieusement du monde, elle me répond :
- Je vais voter pour « Scooter ».
Ma femme et moi lui demandons pourquoi. Réponse de ma fille : « Parce que ça va plus vite qu’un vélo. » C’est sûr, comme argument, c’est imparable.
Une fois dans le bureau de vote, ma fille me suit dans l’isoloir. Je lui montre les différents bulletins de vote en lui demandant d’en choisir un. Elle tend le doigt vers le bulletin du Modem. Je lui demande pourquoi celui-ci. « Parce que c’est écrit en grosses lettres », me répond-elle. Encore une fois, l’argument est imparable. (Ce qui ne veut pas dire que c’est ce bulletin-là que j’ai glissé dans l’urne...)
Tout ça pour vous dire que la remarque de ma fille m’a rappelé que, au cours de la campagne pour les élections présidentielles de 2007, j’avais eu envie de voter pour François Bayrou pour des raisons du même ordre. L’ayant entraperçu à la télé, en train de faire un discours devant un fond couleur orange, j’avais dit à ma femme : « Je vais voter pour lui. Je trouve qu’il va bien avec nos rideaux. »
Il faut dire que nos rideaux étaient – et sont toujours – d’un magnifique orange. Comme quoi, après les pommes de Chirac en 2002, c’est à se demander si dans la France du XXI siècle les élections présidentielles sont condamnées à être placées sous le sceau d’un fruit. On pourrait croire qu’après l’échec de Bayrou ce ne soit pas le cas. Pourtant, quelque chose me dit qu’en 2012 on aura droit à au moins une banane...


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Mise à jour le 09 juil 2014 - Rédacteur David Camus - Hébergement Amen - Conception jiga.fr | contact@david-camus.com

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